Et je marchais, droit devant moi, la poitrine bombée, les bras balants et fonçais sans savoir quelle direction serait la plus longue et la plus solitaire, quelle direction ferait perler le plus de gouttes de sueur sur mon front, quelle direction arriverait à épuiser mon corps et à endormir mon coeur. Il fallait que je monte les décibelles dans mes écouteurs, que je me vide la tête par tous les moyens, que mes pieds continuent à m'obéir et à marcher en cadence devant moi, que l'odeur de mes cheveux continue de m'enivrer, que ma robe se fasse plus légère et que mon esprit s'envole jusque dans ce manteau de nuage voilant le ciel de ses cotons saignant. L'air était lourd, m'étouffait, compressant un peu plus ma poitrine, accentuant le rythme de ma respiration qui déjà peinait à assouvir son besoin de reprendre son souffle et de m'abandonner sur cette autoroute qui n'attendait que moi, qui me désirait depuis des jours, qui voulait prétendre pouvoir lorgner ma douleur du coin de l'oeil. Alors après tout, laissant tomber ma pudeur de coté et dévoilant mes larmes enrobées d'affliction au monde entier, j'épenchais ma souffrance tout autour de moi. Ma robe à volants virevoltant sous la brise des nuits d'été, ma frange tombant sur mes yeux qui se balançaient d'un côté à l'autre de la route déserte et mes joues se creusant en pensant à ton souvenir acide, à ton goût vanille et à ton parfum fraise. Moi je puait l'alcool et decidais de sombrer dans ce fossé parallèle à mon chagrin, bouillonnant sous mes pas devenus bien fades pour un amour perdu.